La truffe et moi PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Attilio Gandi   
Dimanche, 21 Février 2010 08:51

En gardant les chèvres, j'ai commencé aux environs de 7 à 8 ans (je suis né en 1929) à caver les quelques rares truffes que me laissaient les truffeurs professionnels.

A l'époque, tout le monde avait le droit de caver librement sur tout le territoire de la commune, même sur les propriétés privées.

J'ai fait ma première plantation sur environ 1 hectare en 1958 ; c'était la première plantation dans le nord du département du Gard. Ce fut un échec presque total à la grande joie des truffeurs professionnels, qui redoutaient de voir un grand nombre d'agriculteurs s'équiper de chiens truffiers et devenir des concurrents sur les terrains publics.

A force de soins de toutes sortes, j'ai mis plus de 50 ans à rattraper partiellement cette plantation pour arriver à un rendement d'une quinzaine de kilos à l'hectare, au cours de l'année 2007-2008 qui, malgré les dégâts occasionnés par les sangliers, a été la meilleure de toute ma vie.

Mes sept hectares de jeunes plantations qui se répartissent sur vingt trois parcelles sont symboliquement protégées par trois électrificateurs sur secteur et trois sur batteries. Beaucoup de trufficulteurs savent ce que cela représente...

Un demi-siècle de trufficulture aura été pour moi l'occasion d'une longue série de bagarres, d'abord contre les voleurs dont j'ai réglé le problème seul, au risque de me trouver un jour devant une cour d'assises.

Ensuite vint le problème des sangliers qui, en s'amplifiant régulièrement, finit par être ingérable au fur et à mesure qu'augmentaient mes surfaces plantées, et qu'elles entraient en production.

Entre cent et cent-vingt truffières dévastées alors qu'elles étaient en début de production sont devenues totalement stériles. Personne à ma connaissance n'a jamais trouvé une solution pour faire repartir la production.

La plupart ont été détruites ces quinze ou vingt dernières années, mais certaines depuis plus de quarante ans. Je suis actuellement très inquiet pour plusieurs dizaines de truffières qui ont été détruites ces trois dernières années, suite aux dégâts les plus importants que j'aie jamais subis.

Tout cela donne une idée de l'énormité des sommes que nous avons perdues directement ou par le manque à gagner.

Je ne parle pas des semaines que j'ai passées à réparer des dizaines de kilomètres de clôtures régulièrement dévastées.

Le sentiment de haine que nous éprouvons tous envers les responsables de cette situation s'explique facilement : je reconnais que la persécution que nous subissons a sur ceux qui en sont victimes un effet particulièrement dévastateur.

Ce n'est pas cela qui me fera baisser les bras et abandonner l'aide que j'apporte comme je peux à tous ceux qui, comme moi, chacun à sa façon, tentent de faire quelque chose.

Je précise encore que le vrai sanglier sauvage ne mange pas la truffe, car pour se nourrir il n'a pas besoin de grand chose contrairement aux cochongliers.

Le 26 Novembre 2009

Mise à jour le Dimanche, 12 Mai 2013 13:40